A soixante deux ans Adriana se croyait aguerrie, a l’abri de la sensiblerie qui sied mieux aux jeunes filles qu’aux vieilles femmes. Mais la voilà effondrée, pleurant comme une adolescente toutes les larmes de son corps . A vrai dire elle n’a rien vu venir, le coup l’a prise par surprise, . Un peu coupable de n’avoir aucun plaisir à voir son vieux père, veuf depuis un peu plus d’une année, elle s’est fait un devoir de lui souhaiter son anniversaire, pile le bon jour.
Conversation téléphonique difficile. D’abord parce qu’elle ne sait pas trop quoi lui dire et qu’il est passablement sourd, aussi faut-il hurler dans l’appareil. Lui qui ne supportait pas les faiblesses de ses enfants, pleurniche maintenant sur son sort.
Elle a pitié de ce vieil égoïste qui découvre tardivement que tout ne lui est pas dû et lui propose de venir le voir. Tout ça pour s’entendre répondre « je ne suis pas pressé que tu viennes car quand tu viens des choses disparaissent » et aussi qu’il avait donné consigne à madame Cintract de ne pas lui donner la clé comme si elle était déjà venue en son absence !
Adriana connaissait ce travers des personnes très âgées, gagnées par la sénilité, à croire être volé pour des bricoles sans importance mais l’entendre dans la bouche de son propre père, a brusquement ramené à la surface son passé bancal d’enfant mal aimé. « Qui aime bien châtie bien » était le crédo de son père, confondant bien et beaucoup.
Excuse facile pour frapper sans retenue ses enfants, simple extension de lui-même,
a qui il ne reconnaissait aucun droit et surtout pas celui d’être des individus à part entière, et encore moins d’être indépendants. Non content de s’être comporté en tyran toute leur enfance, il s’est donné le droit de s’immiscer dans leur vie d’adulte ordonnant, jusque dans les moindres détails, plus que conseillant, jugeant sans indulgence leurs conjoints, leur façon de vivre, l’éducation donnée a leurs enfants. S’érigeant en modèle absolu. Pour Adriana affirmer sa personnalité vis à vis de ses parents équivalait a une déclaration de guerre. Une guerre de tranchée où chacun campait sur ses positions, la victoire d’un jour pouvait être suivie d’une défaite le lendemain, rien n’étant jamais acquis. Guerre d’usure qui détruisait jusqu’au fondement de l’être. Jusqu’à ses vingt ans, pour Adriana, le mot « gentillesse » n’était qu’une abstraction sans signification. Elle n’a aucun souvenirs d’un geste affectueux d’une parole d’encouragement, d’un simple compliment. Seul ses défauts réels ou imaginaires lui étaient lancé perpétuellement à la figure. Comment s’aimer soi-même quand celle qui devrait avoir toutes les indulgences, la mère, ne trouve aucune qualités chez sa fille? Ne parle d’elle que pour la dénigrée? Oh comme elle avait détesté cette mère qui lâchait les pires méchancetés d’un ton doucereux comme une mère aimante mais désolée d’être obligée de constater la nullité de sa fille. Devenue adulte elle avait cru qu’il serait plus facile de leur faire accepter ce qu’elle était réellement, mettant sur le compte de l’adolescence la difficulté à se comprendre. Aucun de ses efforts n’ont abouti et de guerre lasse Adriana s’est résignée à la fuite pure et simple. A quoi bon chercher à convaincre des gens qui savent d’avance, sans aucun doute ce que vous êtes, sans même se donner le mal de vous regarder, de vous écouter. Il s’en est suivi un break d’une douzaine d’années où elle s’est reconstruite peu à peu, faisant le deuil de parents qu’elle aurait voulu respectueux de ce qu’elle était , et non ce paquet de terre glaise qu’ils auraient aimé modeler à leur guise. Cessant de vouloir être comprise, être aimée, elle avait gagné une liberté que rien n’entravait plus. Bien sûr les premières années elle rêvait encore d’une possible et miraculeuse réconciliation, voire d’une revanche et puis le temps passant elle les a doucement mais sûrement laissé glisser dans l’oubli. Si les blessures de l’enfance ne se referment jamais tout à fait, Adriana avait appris à vivre avec. Il faut même admettre que cette perpétuelle lutte l’avait si bien endurcie qu’elle était devenue plus forte. Connaissant ses faiblesses elles les avaient admises et rangées dans un coin de son esprit, décidée à ne pas se laisser entraver plus longtemps par la recherche stérile d’un amour parental qu’ils lui refusaient. Plutôt que de se laisser enfermer dans une impasse elle a choisit l’a stratégie de l’huître. Se sachant vulnérable, elle a refermé sa coquille escamotant son passé d’handicapée affective, ne s’entrouvrant plus que difficilement quand elle se sentait en confiance et se refermant encore plus vite à la moindre alerte.
Puis il y eu cet après-midi de juin. La découverte de son père humble et conciliant sur son paillasson l’avait empêché de lui claquer la porte au nez. Sa première réaction avait été de le laisser là, bien que ce ne soit pas dans son caractère de refuser d’affronter ses peurs. Et elle avait bien fait car finalement il ne l’effrayait plus. Il n’était plus le pater familias omnipotent de son enfance. Sa mère ce jour-là s’était abstenue ce qui constituait une première. Aussi loin qu’Adriana se souvenait jamais sa mère ne s’était désolidarisée du père.
Le duel avait repris ce jour là mais elle l‘ignorait encore. Adriana avait déballé tous ses griefs s’expliquant enfin clairement, dictant les règles de l’armistice, mal à l’aise devant ce père jadis si arrogant et intransigeant qui lui faisait allégeance. Pire qui s’humiliait. Elle ne lui en demandait pas tant. De « Papa » il était définitivement devenu Georges. Mais c’était bien le même homme et l’humilité n’étant pas son fort il avait bien vite repris ses mauvaises habitudes essayant par tous les moyens d’imposer sa loi, étalant sans vergogne sa misogynie. Elle était à nouveau « la pisseuse » qualificatif dévalorisant qu’elle avait entendu toute sa jeunesse comme si cette fonction, au demeurant naturelle, était réservée à la seule gente féminine! Malgré les apparences rien n’était changé mais l’espoir à la vie dure. Comment croire qu’un homme si orgueilleux , qui fait l’effort de renouer des liens si longtemps rompus n’a pas changé d’un iota ?
Être ses géniteurs les avaient dispensé de l‘écouter, de la regarder, d’être attentif comme tous les parent devraient l’être. Elle avait dû se forger elle-même les armes nécessaires pour comprendre le monde, pour se comprendre et devenir la femme qu’elle avait envie d’être. Ils ne savaient rien d’elle, de ses peurs, de ses rêves, de ses idéaux. Elle leur avait toujours soigneusement caché au maximum tout ce qui avait quelque importance à ses yeux, de crainte d’être tourné en dérision comme ils l‘avaient fait si souvent. Elle avait vite appris a garder pour elle ses engouements d’adolescente, à préserver ses utopies de l’entreprise de démolition systématique de ces parents qui affirmaient sans justifier et bien souvent sans connaître, se contentant de vague on-dit pour la ridiculiser.
Quand enfin les larmes d’Adriana se sont taries elle a pu mesurer le chemin parcouru. L’affrontement ne l’avait pas laissée KO. Si la cicatrice restait sensible la blessure était cautérisée.
Elle pourrait continuer son chemin, un chemin de liberté où la petite fille qui voulait être aimée n’a plus sa place et tant mieux, si en prime ce chemin croise à nouveau l’amour.
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mercredi 18 mars 2009
jeudi 12 mars 2009
Tout est affaire de foi
L'esprit humain est parfois bien étrange. Difficile de comprendre qu'un homme comme Monseigneur Willianson puisse croire en Jésus Christ, en la résurrection, en Dieu, tous sujets qui relèvent exclusivement de la foi et nier la Shoah pour laquelle nous avons des témoignages, des films des photos et même des acteurs de ce drame.
Monseigneur vous devriez méditer cette phrase de Serge Gainsbourg " l'homme à crée des dieux, l'inverse reste à prouver"
Monseigneur vous devriez méditer cette phrase de Serge Gainsbourg " l'homme à crée des dieux, l'inverse reste à prouver"
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